Je suis partie plus tôt cette année pour mon stage de reliure chez Hélène Potin et me voici donc de retour.

Les réalisations et les apprentissages ont été variés.

Tout d'abord, un livre peu courant sur Willy, Henry Gauthier-Villars, premier mari de l'écrivain Colette, dont j'ai déjà parlé sur ce blog.

Eugène de Solenière a publié cette biographie presque hagiographique en 1903. Quand je l'ai acquis pour quelques euros, ce n'était plus qu'un paquet de feuilles...

Voici la couverture d'origine :

willy couv originale

Comme le volume est fin, j'ai fait une reliure Bradel, couverte de toile verte. Sous la toile, j'ai reproduit sur de la carte bulle le titre "WILLY" ainsi que la silhouette du personnage : moustache et barbiche à la Napoléon III et chapeau haut-de-forme :

willy bradel debout

A l'intérieur, un papier marbré machine...

willy bradel papier int

... dont j'ai utilisé un petit bout pour faire une tranchefile :

willy tranchefile papier

L'âme de cette tranchefile est un lacet en cuir de 1 mm de diamètre.

 

Hélène m'a proposé d'apprendre à faire des boîtes pour protéger les livres, surtout ceux dont la  couverture comporte un motif en mosaïque ou une incrustation.

Elle m'a montré deux possibilités.

En premier, l'étui dans lequel on glisse un ouvrage :

Willy étui   willy hors étui

Cela ressemble à du cartonnage, mais avec quelques règles spécifiques. Vu la forme, on habille l'intérieur avec du papier dès le départ, avant d'assembler la boîte !

 

La deuxième forme possible est la boîte à chasses :

boite chasses debout  boite chasses

Elle est en toile pour l'extérieur et en papier pour la structure interne. J'ai utilisé le même papier que pour les gardes couleur du livre qu'elle protège.

La voici ouverte et contenant le livre:

boite chasses ouverte livre

En cartonnage, on fabrique parfois une boîte-livre. C'est un peu le même principe. Mais ici, il y a deux structures-boites qui s'enchassent l'une dans l'autre. Je ne sais pas si je suis bien claire...

 

Le projet phare de ce stage a été le pastiche d'un livre du XVIIIe siècle.

J'ai trouvé cet ouvrage de 1754 en assez mauvais état...

la vallière état

J'ai choisi volontairement un livre très abîmé pour pouvoir le démonter et refaire une reliure à la manière du XVIIIe siècle. Pour que cela réussisse au mieux, il est important d'avoir du papier d'époque... Et si l'usure n'avait pas été importante, Hélène m'aurait fait faire une restauration et non un pastiche !

Il s'agit des Réflexions sur la miséricorde de Dieu par Mme la Duchesse de La Vallière :

La Vallière intérieur

Louise de La Vallière (1644-1710) a été la première maîtresse officielle de Louis XIV. Elle lui a donné six enfants, dont deux seulement ont atteint l'âge adulte.

Supplantée dans le lit et le coeur du roi par Athénaïs de Montespan, Louise de La Vallière se retire au Carmel. Elle prononce ses voeux en 1675, prenant le nom de Louise de la Miséricorde. Elle meurt au couvent en 1710, après 36 ans de vie religieuse.

Voici ce même livre avec sa couverture refaite :

La Vallière posé  la vallière debout 2

Les reliures du XVIIIe siècle sont bien plus rustiques que ce que nous faisons actuellement.

La couture est faite autour des ficelles qui ne sont pas cachées dans des entailles sur le dos du livre ; le fil entoure bien la ficelle. Elles apparaissent donc sous le cuir, formant des nerfs :

couture nerf détail

(photo internet)

Pour marquer les nerfs, on utilise une pince à nerfs. Cet outil n'exitait pas au XVIIIe siècle. Ce sont des ficelles tendues qui marquent le cuir de part et d'autre des nerfs durant le temps de séchage de la colle :

nerfs

 (photo internet)

Le livre est couvert avec du cuir de veau qui a été teinté pour retrouver l'aspect des cuirs du siècle des Lumières : des jaspures masquaient les défauts de la matière. Par ailleurs, les peaux n'étaient pas parées comme nous le faisons de nos jours : seuls les remplis (bords collés sur les cartons à l'intérieur du livres) sont amincis. Comme la peau a conservé son épaisseur, le livre est très doux au toucher, comme ouatiné.

Les tranchefiles sont réalisées en fils de lin : ici à deux couleurs, vieux rose et  lin naturel :

La Vallière tranchefile

Nous avons pu décoller le papier marbré d'origine du livre. Il a été lavé, séché sous buvard et poids, puis repositionné dans le pastiche :

La Vallière gardes couleur

Ce fragment du dos nous servira à reconstituer le décor de dorure...

dos original La Vallière

Ce sera l'objet de mon prochain séjour chez Hélène !

En attendant, il faudra que je n'exerce sérieusement au maniement des fers à dorer sur un faux-dos... une heure par jour comme des gammes au piano !

 

Je vais maintenant profiter de quelques semaines de vacances... et donc mettre aussi le blog au repos.

Je vous retrouverai avec plaisir fin août .

Bonnes vacances à vous tous, lecteurs fidèles et visiteurs de passage !

@ bientôt.